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 L’ENFER CHANTANT

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MessageSujet: L’ENFER CHANTANT   Mer 26 Mai - 16:33

L’ENFER CHANTANT


CHAPITRE I : Surprise.

Cette soirée allait encore me coûter la peau du cul. Si vous souhaitez faire des économies, évitez d’avoir une relation fixe. Pour peu que vous soyez un peu rêveur, et alors toutes vos idées romantiques se transforment vite en pompes à fric. C’est le cas ce soir : un petit restaurant pas trop dégueu suivi d’un cinéma, plus une bouteille de bon vin pour le retour après la ballade près du fleuve, la surprise de l’amoureux en transit, tout ça sans compter les frais d’essence… Trois-cent cinquante euros de claqués en à peine six heures. Et tout ça pour quoi ? Pour voir luire les yeux de ma douce, tels deux lampions flamboyants d’amour satisfait. Décidemment, l’amour défie tous les instincts de conservation. Mais baste, j’ai décroché un petit boulot plutôt juteux qui me permet quelques petits écarts. Ils sont d’ailleurs bien nécessaires en ces temps troubles où l’entretien d’un amour est une lutte perpétuelle : la guerre de concessions. Il est étrange de constater que l’amour semble être l’aboutissement d’une perception extra-sensorielle. Du moins, c’est mon cas. Cette histoire a démarré par une inexplicable certitude. Une certitude qui me persuadait que cette femme pouvait me combler, m’apporter énormément. Jusque là me direz-vous, pourquoi se plaindre ? Il s’avère que j’ai ressenti cet étrange sentiment alors que cette femme, que je ne connaissais même pas, n’avait pas encore eu le temps de cicatriser d’une précédente histoire d’amour fusionnelle. J’avais tout à faire, tout à subir pendant sa convalescence spirituelle. Et pourtant je l’ai séduite, je suis tombé amoureux. Et pourtant je me suis jeté à l’eau avec un bloc de ciment à peine frais coulé à mes pieds.
Il s’est avéré, mes efforts et le temps aidants, que ce bloc a fini par se dissoudre dans cette eau malpropre et que nous avons finalement pu refaire surface. Puis il a fallu rejoindre la rive, trouver une commune mesure dans nos actes, assurer notre cohésion de mouvements. Sans cela, nous n’aurions pu nager en harmonie. Nous aurions coulé. Au fond de cet Achéron des cœurs brisés, nous aurions été emportés par des courants divergents jusqu’aux enfers de la solitude. Mais nous avons rejoins la berge. Et alors ce fleuve fut pour nous un Styx dans lequel nous aurions été trempés, tenus du bout des doigts par les petites parcelles sombres de nos âmes. C’est pourquoi aujourd’hui, si nous ne nous battions pas de temps à autre pour notre amour, nos petites parts de ténèbres, nos talons d’Achille, finiraient par mettre fin à notre invincible histoire. Cette lutte contre la noyade a duré un an. Mais comme si nous avions frôlé la mort ensemble, elle nous a énormément soudés. Depuis, seules de petites crises apparaissent de temps à autre, nous rappelant de ne pas baisser notre garde. Car l’amour n’est pas une chose acquise. L’amour se construit sans répit, jour après jour.
Ce soir nous célébrons nos neuf années ensembles, sans compter celle de la lutte fastidieuse. J’oublie facilement ces petits rites annuels. Néanmoins, il m’est impossible d’ignorer la déception qu’elle ressentirait si cela se produisait. Alors me voilà préparant cette petite soirée qui, malgré son aspect dépensier, me procure autant de plaisir quand enfant, je m’acharnai à participer à une surprise collective, du haut de mes trois pommes. Et j’avoue qu’imaginer sa réaction, l’illumination de son visage, ne me laisse pas de marbre. Et oui, sous mes allures de cliché masculin, se terre un chat qui ronronne à la moindre brise caressant son pelage. C’est d’ailleurs grâce à elle que j’ai pu libérer cet effrayant animal qui sommeillait en moi sans détruire l’orgueilleuse virilité dont j’ai besoin. Et c’est aussi pour cela que je prépare cette célébration. Une sorte de remerciement dissimulé sous un enchevêtrement de classe masculine, d’attention intéressée et d’expression de ma nécessité. Et je sais qu’elle saura faire fi de cette grossière barrière, comme elle seule a le pouvoir de le faire.
En matière de remerciements, je m’en dois aussi pour ce job que j’ai déniché. Je suis journaliste. Un journaliste un peu particulier étant donné que je travaille pour un hebdomadaire portant sur le paranormal et l’occultisme. Foutue liberté de la presse. Avec l’expérience, j’ai compris qu’il y avait à peu près autant de mordus de phénomènes inexpliqués et des puissances du mal que d’adorateurs des sciences exactes. Pensant tourner cela à mon avantage, j’ai proposé à mon rédacteur en chef de me consacrer une petite place dans son magazine en tant qu’enquêteur sur toutes les petites bizarreries de notre monde. Séduit par l’originalité de mon projet, il m’a pris à l’essai et m’a laissé une relative liberté dans l’organisation de ma petite affaire, ce qui a suscité quelques jalousies au sein du journal. Mais baste, j’ai arrangé cela à ma sauce en préparant mes enquêtes sur deux semaines, la première pour détailler mes projets, la deuxième pour le compte-rendu de mon enquête. Cela a vite tourné à : un compte-rendu immédiatement suivi des détails de ma prochaine enquête par semaine. En effet, le succès de mon idée fut tel que mes articles furent même annoncés en couverture, ce qui haussa les bénéfices de mon patron et acheva de me faire mettre à l’écart par mes collègues. Peu importe, de toute façon je mène ma dernière enquête dans deux jours puis je me tire de ce journal pour publier mon premier livre. Je n’ai jamais compté rester très longtemps dans ce métier, il n’est pas fait pour moi. Evidemment, je me suis fait quelques extras forts sympathiques, mais cette vie glauque d’explorations d’endroits déserts, ce feint malaise que je devais glisser dans mes articles en espérant en provoquer un vrai chez mes lecteurs m’écœurent, au plus haut point. Je suis las de mentir et de m’extasier du néant pour satisfaire le scepticisme de ces déprimants, incapables de créer leur propre magie dans leurs mornes vies. J’hésite même à tout balancer dans mon dernier article. Quelque chose du genre :
« Aha, je me suis bien foutu de vos gueules, à vous faire gober les frissons de frayeur que j’avais soi-disant… lors de mes soi-disantes enquêtes. A votre avis, pourquoi mon pseudonyme d’écriture est Van Chantenfer. Vous ne voyez pas la corrélation foireuse avec son tuteur anglais Van Hell Sing ?! »
A dire vrai, certaines excursions se sont avérées dérangeantes. Mais j’étais plus effrayé par le fruit de mon imagination batifolant à l’aveuglette dans un sombre bâtiment en ruine que par une quelconque présence maléfique. Que les choses soit claires, je ne renie pas les esprits ou certaines forces invisibles pouvant exister. Mais j’abhorre cette divinisation de l’ombre, témoin de la puérilité de l’esprit humain. S’il y a une chose à sacraliser, c’est bien la puissance de notre imagination.
Enfin, plus qu’une enquête et je laisse derrière moi cette carrière peu reluisante. Ma dernière enquête concerne un type étrange, qui use encore du titre de comte. Comte Drahûl. Pour un peu, je m’attendais à rencontrer un allumé. Comte Dracula. En effet, les rumeurs qui courent sur ce singulier personnage sont plutôt vampiriques. Un vampire très charmant d’ailleurs, quoiqu’un peu péteux sur les bords. Lors de notre premier contact, il me disait que le café où nous étions installés était mal agencé. Que nous ne pouvions y profiter pleinement du soleil. Un charmant vampire amoureux du soleil… Mais bon, je devais m’y attendre je suppose. Je me demande comment il réagira lorsque je lui parlerai des rumeurs qui courent sur lui… et quels mensonges je pourrais bien inventer pour ce torchon qui se prétend magazine. Nous verrons bien, il m’a invité dans son manoir pour me faire goûter de la « vraie nourriture, et non une infâme bouillie tout juste bonne à être servie aux chiens » d’après ses dires.
« Je serai heureux de vous y recevoir ce jeudi prochain pour votre interview, Monsieur Chantenfer » m’a-t-il dit avec un petit sourire en coin.
Enfin quelqu’un qui semblait comprendre mon jeu de mot pitoyable. Je dis bien semblait, car cet énergumène était si étrange que je n’aurais su dire pourquoi il souriait de manière aussi insinuante.
Mais baste, il est l’heure. Je crache mon dernier nuage de fumée par la fenêtre en laissant vagabonder mon esprit encore quelque secondes. J’écrase ma cigarette dans le crâne de l’horrible squelette de faïence, cadeau de mon spirituel frangin, comme pour mettre un point final à ma chaotique réflexion. Je referme le crâne, on tourne la page. Maintenant, il faut que je pense à me préparer, la tenue est de rigueur ce soir. Je traverse notre minuscule salon, manquant de me prendre la table basse dans les pattes, pour la énième fois. Je ne comprendrai jamais pourquoi elle a flashé sur ce meuble en verre, à travers lequel on peut voir les poils du tapis complètement écrasés. Une armée de vers synthétiques suffoquant sous leur plaque homophonique. Charmant. Il faudrait que je pense à la couvrir d’une nappe, un jour. Je pénètre dans la chambre en retenant ma respiration. C’est une petite pointe d’humour que je me fais avec moi-même car la chambre est presque entièrement bleue. Du sommier jusqu’aux interrupteurs, le spectre bleu prédomine. Alors en retenant ma respiration, je me confirme qu’à partir du palier, je m’immerge dans cet océan de repos que j’ai surnommé : la Grande Bleue. Je crois que les traits d’humour vaseux revêtent un caractère familial, qu’ils soient dits ou pensés. Je me dirige vers la penderie aux portes coulissantes recouvertes de miroirs, dans lesquels je suis presque surpris de ne pas y voir un moi bleu, pour y choisir un petit ensemble. Il me reste vingt minutes pour me trouver un ensemble d’une sobriété élégante. Ma belle n’apprécie que moyennement que je me donne en spectacle, elle me trouve suffisamment beau au naturel pour que je me vêtisse d’un habit qui crierait : Regardez-moi ! Heureusement qu’elle peut aimer mon physique pour deux, car je ne lui trouve rien de ravageur. J’ai la mâchoire étrangement carrée, des joues plates, presque verticales, sous des pommettes mi-saillantes. Une étrange cicatrice coupe ma lèvre supérieure en son milieu, se rouvrant lorsque je ris trop fort, en dégageant une brève fluctuation sanguine et sucrée sur ma langue. J’ai un trou en plein milieu du front, souvenir cuisant de varicelle et d’impatience infantile. La seule partie de mon faciès que je tolère sont mes yeux, où plutôt mon regard. Sa noirceur me plaît. Je me dévisage ainsi encore quelques instants, avant de me rendre compte que je ne suis pas rasé, et quelques instants de plus pour décider s’il fallait ou non que j’y remédie. Il le faut. Me négliger pour cette soirée est la première chose à éviter. Pas négligé, mais pas trop élégant non plus. Allez comprendre.
Une fois mon collier de poils drus et noirs réaménagé, une coquetterie qui subsistait depuis déjà quinze ans, je m’emploie à fouiller la garde-robe de ma femme. Comme j’ai fait l’effort de connaître ses goûts vestimentaires, je lui sélectionne une belle robe bleue, quelle surprise. Ce faisant, j’économise un peu de temps, à défaut d’argent. Ses goûts sont sobres également, mais elle sait se rendre belle à en défier ce vulgaire qui éveille tant la convoitise des abrupts instincts mâles. Et je ne me plains pas de son don. Contrairement à moi, elle est gratifiée d’un physique naturellement plaisant et doux. A tel point que les maquillages de la société féminine ne font que dissimuler sa réelle beauté. Du moins, c’est mon sentiment. J’estime à être le seul à pouvoir la voir réellement belle car elle atteint l’apogée de son charme lorsqu’elle dort, libérée de tout artifice conventionnel. Je lui sors ensuite sa paire de chaussures préférée. Du moins, c’est le nom qu’elle donne à ce labyrinthe de lanières de cuir. Puis, presque par réflexe, je me dirige de nouveau vers la minuscule salle de bain, adjacente à la Grande Bleue, afin de récupérer dans l’un des deux seuls placards ses pansements anti-ampoules. C’est presque toujours ainsi avec les apparats féminins : on rajoute des couches de beauté superficielle en allongeant la liste des inconvénients qu’ils induisent. Des années de vie commune façonnent vite des habitudes-réflexes, comme je les appelle. Et je souhaite que cette soirée soit pour elle un plaisir, et non un calvaire pédestre.
Je suis à peine habillé que le cliquetis monotone de la serrure d’entrée retentit. Je vais instantanément me planter dans le salon, en évitant cette foutue table-basse quasi-invisible. Une clope au bec, une autre reposant au creux de ma main gauche, j’attends. Je grille la mienne tandis qu’un sac s’affale dans l’entrée avec un étrange tintement insincère. La porte claque :
« Fichue journée ! Où est ma clope ?! »
Déboulant du petit couloir, elle se jette sur moi avec un regard carnassier, colle son corps contre le mien avant de m’embrasser fougueusement. Une fois l’étreinte achevée, peu commune dans notre train-train quotidien, je glisse :
« Je croyais que c’était ta clope que tu voulais ?
- Ouais… Mais tu es carrément mieux emballé qu’elle ce soir » répond-t-elle en délestant tout de même mes mains de la fameuse cigarette et de mon briquet. Elle me dévore des yeux en allumant son tube plein de suicide à long terme :
« Qu’est-ce qu’il se passe ce soir ? » me demande-t-elle, plus pour savoir ce que j’ai prévu que pour analyser une quelconque situation extraordinaire.
« Va voir dans la Grande Bleue… Et dépêche-toi !
- Tu sais bien que je n’aime pas ce nom ! »
Mais elle obtempère et reçoit une tendre fessée au passage, une grossièreté masculine qu’elle m’accorde en temps de bonne humeur. Alors, vu la situation, j’en profite. J’entends un petit cri étouffé et sens bientôt le sol vibrer. Epicentre : ses petits sautillements de joie.
« Et c’est en quel honneur tout ça ?! »
Je sais qu’elle est pertinemment au courant. Elle comptait les jours restants jusqu’à ce soir depuis la semaine dernière. Elle avait même probablement attendu ce moment toute la journée. Tout comme moi. Cette question en dissimulait en réalité une deuxième, plus fourbe : « Est-ce que tu te rappelles bien ce que l’on fête aujourd’hui ?! »
« Ne me dis pas que tu as honteusement oublié qu’aujourd’hui est l’anniversaire de nos dix ans ?
- Et qu’est ce que ça ferait si c’était effectivement le cas ?! » Répondit-elle
Foutaises. Elle ne peut pas avoir oublié. Sa satisfaction est tellement grande que je peux presque sentir les ondes qu’elle dégage me caresser le visage. Et pourquoi la fierté serait un caractère uniquement masculin après tout ? Je laissai sa question sans réponse en suspens, écoutant les froissements de la robe qu’elle commence à enfiler. Elle allait craquer la première. Elle ne va pas tarder à se rendre compte qu’il est impossible pour elle de nier son excitation. Mais elle va tout faire pour atténuer son tort. Je ne serais pas étonné que cela me retombe dessus d’ailleurs…
« Bien sûr que non, je n’ai pas oublié ! Mais je suis étonnée que tu y ais pensé au moins vingt minutes à l’avance ! »
Qu’est-ce que je disais…
« Aha, très amusant. Enfile ta robe, on doit être à Hoen’s dans un quart d’heure.
- Hoen’s ?! »
La boîte de pansements pour talons tombe avec un bruit mat sur la moquette bleue. Elle refait surface au pallier de la Grande Bleue, sa robe à moitié enfilée, clope au bec, les yeux étrangement globuleux sous ses cheveux en bataille. Pour un peu, je reviendrais sur mes paroles concernant sa beauté unique, si ce n’était ses douces formes se dessinant le long de sa peau nue, à peine dissimulée par son corsage.
« Tu as réservé chez Hoen’s ?! T’es dingue ?!
- Et toi coûteuse. Dépêche-toi de t’habiller, on a un timing serré ce soir !
- C’est vrai ? dit-elle avec une pointe de déception.
- Non, mais dépêche toi quand même. J’ai attendu cette soirée toute ma foutue journée ! »
Et elle replonge à toute vitesse dans notre océan de dix mètres carré. Je me demande soudain pourquoi j’ai cette manie d’être grossier à tout bout de champ. Peut-être pour affirmer ma virilité en me rebellant contre la politesse conventionnelle. Pour montrer que je n’en ai rien à foutre de ce soi-disant schéma de société qui fait de nous des animaux civilisés. Est-ce que la politesse empêche les meurtres et les guerres ? S’il vous plaît mon bon ami, veuillez faire taire céans votre hostilité que je n’ai guère recherchée. Et s’il vous prend tout de même l’envie de m’agresser, faites, mais je ne pourrai décemment plus répondre de la vertu de mes actes.
Je souris pour moi-même. Je me rappelle que j’ai toujours ces petites pointes d’ironie en dehors de tout contexte où je pourrais en faire profiter. Et je me sens incapable de la retenir pour une discussion ultérieure. Tant pis, il ne me reste plus que l’écriture. Je me dirige vers l’entrée formée par un petit couloir qui longe le salon. Je m’assoie à mon bureau, une planche de bois posée sur deux tréteaux dans un renfoncement du couloir qui était autrefois une sorte de penderie. J’ai retiré les portes pour en faire mon petit coin d’écriture. Cependant, la proximité de mon lieu de travail avec la porte d’entrée l’a vite transformé en débarras à courrier. Je déleste un petit bloc-notes d’une feuille et j’y appose ma réflexion sur la politesse. Une fois fait, je me mets instantanément à douter qu’elle puisse être exploitable. Qu’à cela ne tienne, je colle le post-It au mur face à mon bureau, parmi des dizaines d’autres. Il faut que je pense à faire le tri un jour. Des bruits de talons claquent dans mon dos. Je me retourne et admire ma douce. Elle est belle et très joliment habillée, la légèreté de son maquillage la rend exquise. Je la soupçonne de ne pas avoir mit la dose pour me faire plaisir. A moins qu’elle soit simplement pressée de partir. Mais avant cela, je dois dire quelque chose. Sa pose et son regard suppliant me disent qu’elle attend un petit commentaire. En rassemblant mes esprits, j’arrive à sortir un timide :
« Tu es resplendissante ma chérie… »
Pour toute réponse, elle m’offre son plus magnifique sourire et un formidable éclat de joie dans ses yeux. Ils sont déjà humides. Alors je m’avance et l’enveloppe dans mes bras. J’ai l’impression que mon parfum forme un léger nuage qui nous entoure et nous assaille doucement de ses senteurs. Et alors le temps s’arrête. Je suis là. Elle est là. Plus rien ne compte.
Au bout de quelques instants, je reprends le dessus sur mon bien-être. Ce n’est ni la première, ni la dernière fois que cela arriverait. Je pose doucement mes larges mains sur ses frêles épaules et dépose et petit baiser sur son front.
« Ca y est ? Tu es prête ma belle ?
- Oui, allons-y beau gosse ! »

Et je ne puis réprimer mon sourire tout en lui tenant la porte.



CHAPITRE II : Insomnies.


Il est tard. Pourquoi je n’arrive pas à dormir ? Je tourne en rond dans le noir, le plus loin possible de la table basse. C’est la deuxième nuit où le sommeil me fait défaut. Pourtant tout s’est extrêmement bien passé hier soir. Nous avons passé une excellente soirée, elle en a même pleuré de joie pendant la ballade. Ensuite, la bouteille est partie d’une traite, puis nous nous sommes mis à fumer en avalant des cafés, du chocolat pour elle, jusqu’à trois heures du matin, papotant et philosophant comme deux nouveaux amants. Puis nous avons sombré dans la Grande Bleue qui, pour le coup, ressemblait vraiment à un océan tant le roulis qu’imposaient les vapeurs d’alcool à notre esprit était puissant. Un océan voluptueux. Elle s’est endormie et… plus rien. Plus de tangage, plus d’euphorie. C’était comme si tout mes sens étaient soudain en alerte. Et je suis resté toute la nuit, les yeux grands ouverts dans le noir-bleu de la chambre. S’il y avait du sommeil dans l’air, qu’importe sa forme, je me sentais bien incapable de le saisir. Je suis resté immobile ainsi toute la foutue nuit. Lorsque le matin est arrivé, il me semblait qu’il avait mis une éternité à se pointer. Je me suis levé et ai souhaité la bonne journée à ma femme. Après cela, j’ai erré comme une âme-en-peine dans l’appartement, sans but, me refusant à dormir en pleine journée. Je n’ai même pas pris la peine d’écrire quelques lignes pour mon nouveau roman. Le soir enfin venu, j’ai utilisé mes dernières parcelles d’énergie pour choyer ma tendre. Puis nous nous sommes écroulés sur le matelas et cela s’est reproduit. Je me demande ce qui m’arrive. Je pensais que j’avais trop bu de café hier, mais ce soir… Je n’ai fait qu’attendre le sommeil toute la journée et voilà qu’il se dérobe quand tout mon corps se tend pour l’attraper. Saloperie de foutage de gueule.
Je n’ai aucune idée de ce qui m’arrive. Je ferme doucement les écoutilles de la chambre, puis je me grille une cigarette. J’observe la lueur faible et fugace qui se propage dans la petite pièce lorsque j’aspire ma première bouffée. Je souffle. La fumée dessine des formes fantomatiques dans les rayons de lune qui traversent le vitrage. Je regarde mon œuvre, l’esprit vide. Puis je secoue la tête et tire une nouvelle taffe. Il faut que je réfléchisse. Qu’est ce qui m’arrive ? Pourquoi je ne dors pas ? Et pourquoi tous mes sens me hurlent : danger ?! Bordel… Je me demande un instant si c’est la sortie de mon bouquin, ou la frayeur de la page blanche qui m’oppresse. Mais je connais déjà bien ces appréhensions. Elles ne m’ont jamais cloué les paupières au front. Alors qu’est-ce qui m’empêche de fermer l’œil ?! C’est à ce moment que je renonce à dormir et pénètre dans le petit couloir. Je regarde l’écran de veille de mon ordinateur qui fait des bulles. Merde, j’ai encore oublié de l’éteindre, la facture va grimper. J’éteins la machine en priant fugitivement que l’heureuse endormie n’ait pas remarqué le drame. Sinon, je suis bon pour me faire engueuler au réveil. Les ventilateurs de l’ordinateur émettent un bref sifflement en s’arrêtant, comme un soupir de soulagement. Je reste quelques secondes planté dans le couloir, étudiant cette image dans ma tête. Même les ventilos arrivent à dormir. Puis je reviens à la réalité. Je tapote ma clope au-dessus de l’un des quatre cendriers qui ornent mon bureau. La cendre y choit en un petit tas compact. Je tourne le dos à mon bureau et me dirige vers la cuisine. Quitte à ne pas dormir de la nuit, autant y prendre un peu de plaisir. Je prends la cafetière certifiée sans métal et la balance dans le micro-onde. Trois minutes. C’est chaud. Je me verse une bonne grosse tasse puis repose la cafetière sur la table. Mug en main, je m’assoie sur la gazinière et je branche la hotte. Je m’offre une nouvelle bouffée d’anti-oxygène. Chiotte, pas de cendrier à portée de main. Oh et puis merde, l’évier fera bien l’affaire.
Je me rends soudain compte que je fais tout ce que je peux pour ne pas penser, comme m’intéresser à mes moindres faits et gestes. C’est comme si j’avais peur de réfléchir, peur de trouver la raison qui me tient éveillé. Je ne me souviens pas d’avoir déjà connu un tel malaise. Rassemblant mon courage, je décide de me remettre en quête dans mon esprit. A la recherche de la frayeur perdue. Soudain l’image du comte s’impose à moi. Il est assis, en face de moi, et dévore un beau et long morceau de viande à pleines mains. De la viande humaine.

Putain, il est vraiment temps que j’arrête ce boulot.



CHAPITRE III : L’interview finale.


J’avale mon café à l’aide de longues gorgées. J’ai perdu le compte de tasses descendues après la vingtième. Encore une fois, je n’ai pas dormi de la nuit. J’ai conclu de mes insomnies qu’il est foutrement temps que je mette un terme à ce job minable. Ça me pourrit la tête. Dans quelques minutes je vais partir pour interviewer le comte machin. J’écrirais mon dernier article et ma lettre de démission dans la foulée, en rentrant. J’ai déjà informé la direction de mon départ. Je pense que je vais révéler toute l’ampleur de la connerie de mes « enquêtes » dans cet article final. Il faut que je tire un trait sur cette comédie, afin que les choses soit claires, aussi bien de manière officielle que dans mon esprit. Je tripote distraitement ma nouvelle bague. C’est un cadeau que m’a fait ma femme lors de notre petite soirée-surprise. Elle a acheté une paire de bagues qui s’emboîtent lorsqu’on joint les mains. Lorsqu’elle m’a expliqué la chose, j’ai immédiatement trouvé ça niaiseux. Et j’étais étonné qu’elle ait pensé à acheter des bijoux de ce genre, cela ne lui ressemblait pas. Elle qui a horreur des clichés et du cul-cul. Néanmoins, j’ai vite compris pourquoi elle avait craqué dessus. Quand j’ai moi-même observé l’ingéniosité de l’orfèvrerie, j’ai immédiatement été séduit. Les deux bagues se complètent, lorsque nos mains s’entrelacent, pour former une sorte de symbole de l’infini, le fameux ∞. Je trouve l’image puissante et suis particulièrement flatté du message qu’elle me fait passer avec ce cadeau. Je n’ai rien dit, bien entendu, mais mes yeux parlaient pour moi. Je sais que déverser des remerciements sur la table l’aurait plus gênée qu’autre chose. Je ne voulais surtout pas qu’elle regrette son geste. Et elle parut satisfaite de ma réaction. Ce matin, en lui disant au revoir, je lui ai pris la main en formant ce qui était désormais notre signe. Elle a rosit en souriant timidement, puis m’a embrassé avant de franchir l’embrassure de notre foyer. Le temps semblait ralentit, comme si je le stoppais par la seule force de mon esprit. Et dans le seul et unique but que de la retenir un peu plus longtemps près de moi.
J’aime ces petits instants d’éternité. C’est ça, la vraie magie. Ce ne sont en aucun cas ces affabulations mystiques que je dois supporter dans ma vie professionnelle, enfin si j’ose dire. Je ne vois rien de professionnel à diffamer la naïve crédulité de quelques superstitieux. Mais évidemment, c’est rentable. La magie que l’on se créé au quotidien ne l’est pas, car elle ne peut pas être partagée, et donc encore moins être commercialisée. Et c’est mieux ainsi. Cet enchantement n’a pas de prix.
Je vide le restant de ma tasse et la repose négligemment sur la table. J’ai la ferme intention de la laisser ici d’ailleurs. La déposer dans la machine à laver m’apparaît comme un supplice dans mon état actuel. Mes lèvres décrivent un demi-cercle lorsque je me rends compte que je brave un interdit de la longue liste des lois relatant au maintien du foyer. Quel courage. Heureusement que nous ne possédons pas de parquet. Je me vois déjà affublé d’horribles patins pour préserver le sol. Une image sacrément ridicule. J’explose de rire dans le silence de la cuisine. La fatigue sans doute. Une fois calmé, je me lève en faisant désagréablement grincer la chaise sur le lino, malgré les coussinets antidérapants que j’y ai fixé. Quelle camelote. De quoi, le lino ou les coussinets ? Bonne question. Non. Question ridicule, hors de propos et inutile. Je secoue la tête en me disant que cette interview va être délicate. Il faudra que je sois extrêmement concentré pour pallier aux horreurs que pourraient me faire bafouiller la fatigue. Je baille un grand coup et quitte la cuisine en laissant la chaise en travers et la tasse sur la table, coupable de quelques taches de café répandues autour d’elle. Je souris à nouveau en pensant que je suis en pleine effraction. Pire, que je suis un hérétique de la saloperie. Mais baste, je serais de retour avant que la dictatrice n’ai fini son boulot et j’étoufferai cette rébellion avant son retour.
J’enfile ma lourde veste de cuir, usée par ses dix-sept longues années de protection. Ma carcasse lui en est très reconnaissante. C’est probablement pour cela que je ne m’en suis toujours pas débarrassée. Mes nouvelles bottes me font encore un peu mal, mais c’est relativement supportable. Je branche ma webcam, la dirige vers l’entrée et enclenche un minuteur de cinq minute pour lancer le détecteur de mouvement. Si quelqu’un s’introduit chez moi, la caméra se déclenchera automatiquement et filmera tout. Un brin de paranoïa ne fait pas de mal, et peut toujours se révéler utile. J’attrape mes gants et mon casque, puis je sors de mon appartement. Je verrouille les deux serrures et me dirige vers la cage d’escalier. Vivement que je sois dehors, je crève de chaud sous ce cuir.


La baraque de l’original est immensément haute pour une base plutôt réduite. Je dirais vingt mètres de large maximum. Vingt mètres pour cinq étages. Il ne s’emmerde pas ce comte. Bien entendu la bicoque est plutôt sinistre, voire lugubre. Mais elle correspond bien au personnage étrange qui l’occupe. Le comte Drahûl vit seul et n’a ni femme, ni descendance. Je me demande comment il peut bien s’occuper dans son petit immeuble. Enfin, plus vite j’aurais bouclé cette interview et plus vite j’en aurais terminé avec toutes ces imbécilités. Et je pourrais enfin dormir. Je pousse la grille qui grince comme le ferait une vieille grand-mère souffrant de ses rhumatismes. Gnnniii. Ouh-là, le temps est mauvais aujourd’hui mes enfants, retournez vite chez vous vous abriter. Ce serait avec plaisir grand-mère, mais je dois boucler une affaire qui dure depuis trop longtemps déjà. Sinon je ne pourrais pas profiter pleinement de mon logis. Je n’ouvre la grille que pour me laisser la place de m’y faufiler. Inutile de faire trop souffrir cet ancêtre. Il y a approximativement cinquante mètres qui séparent le portail de la maison, perchée sur une petite colline en pente douce. J’ai soudainement l’impression d’évoluer en plein dans un film d’horreur. Un film de série B. Un petit budget pour beaucoup de clichés. Je soupire en m’avançant vers ce nouveau lieu de prédilection pour une effervescence de superstitions. Je me réconforte en me disant que c’est le dernier.
Alors que je me rapproche du manoir, il me semble entendre une musique. Non. C’est plutôt une sorte d’étrange litanie accompagnée d’instruments. Elle me fait penser à ces groupes chantant encore en latin. Ou alors serait-ce une sorte d’hymne celtique ? Quoiqu’il en soit, je n’ai jamais rien entendu de tel. Plus je m’approche de la porte à double battant, plus cette mélodie glauque m’intrigue. Parfois je crois y reconnaître certains mots. Là ! J’aurais juré y entendre mon nom. Non, ce doit être mon imagination. Super. Il ne manquait plus que ça. Non content d’interviewer un faux vampire, il faut qu’il habite dans une bicoque écartée de la ville, dans un endroit qui aurait put être monté pour le énième festival des films d’horreur à deux balles et que sa musique favorite soit un ensemble de son bizarroïdes. Et cette fatigue ne m’aide pas à relativiser la situation. Je sens mon imagination foisonner. Ici, un loup se terre dans les fourrés. Là, un monstre ne demande qu’à ce que je m’approche de la mare pour m’entraîner au fond. Ailleurs, un criminel en vadrouille se terre dans un petit cabanon, prêt à liquider les témoins gênants…
Aouch. La baffe que je viens de m’infliger semble m’avoir remise les idées en place. Du moins pour un moment. Je secoue la tête, luttant contre la fatigue qui me pique les yeux. Je sens que cela va être l’interview la plus courte de ma misérable carrière de journaliste. De toute façon, je ne devrais même pas être là, étant donné que la majeure partie de mon article sera consacrée à me foutre de la tronche de mes crédules lecteurs. Un instant, j’envisage de faire demi-tour et de rentrer chez moi, de ranger cette foutue tasse et d’aller m’allonger sur le canapé en attendant ma chère et tendre. Mais ce serait irrespectueux. Le comte m’attend, et je n’aime pas poser des lapins. J’ai un minimum de savoir-vivre. Et puis quand je commence une chose, je vais jusqu’au bout. Je lui poserai deux ou trois questions pour la forme et déclinerait gentiment son dîner en prétendant que j’ai eu un imprévu. Voilà, ça me semble honnête. Tout le monde y trouve son compte. Je reporte mon attention sur mes sens auditifs, distraite par ma pensée, vers la mystérieuse musique aux sonorités familières. J’ai l’étrange impression que la musique s’avance vers moi, comme un tentacule invisible. Elle m’enveloppe et m’attire vers le manoir. Je reprends mon ascension vers l’immense porte noire en me disant que la fatigue est loin d’être l’alliée des pensées rationnelles.
J’arrive devant les deux gros battants verts foncés. Ils devaient briller d’un incomparable éclat cuivré autrefois. Je soulève l’anneau que l’espèce de chien-lion serre entre ses dents et cogne trois fois contre la porte de chêne. Un léger remue-ménage se fait entendre derrière la porte, comme quelqu’un qui se dépêche de venir prendre la pose pour la photo qui menace de se déclencher à tout moment. J’entends un : « Entrez, cher Mr. Chantenfer » et je pousse sur la lourde porte sans verrou. Un immense escalier s’offre alors à ma vue, avec le tapis rouge que j’étais quasiment certain de voir. Des chandeliers éclairent faiblement ce qui doit être un hall d’accueil. Mais aucun comte ni majordome ne se présente à moi. Je fronce les sourcils et avance d’un pas…

Ah ! Voilà le comte Drahûl. Il a l’air de bonne humeur mais… Mais que fait-il assis ? D’où sort cette table ? Je suis assis moi aussi ? Je n’étais pas debout à l’instant ?
Une vertigineuse sensation d’incompréhension m’envahit. Je me sens complètement perdu. Même les sensations de mon corps m’échappent. Je ne sens plus rien. Qu’est ce que je fous là ? Le comte Drahûl est en face de moi, il me sourit. Le couvert est posé sur la longue table rouge. Une petite bougie sépare la table en deux parties. Drahûl ouvre la bouche :
« Ah ! Vous revenez à vous mon cher ! Vous avez perdu connaissance quand la lourde pièce de fonte vous est tombée sur l’arrière du crâne. Je suis vraiment navré de cet incident, mais dans les vieilles bâtisses, tout tombe en ruine. Et je n’ai plus de personnel depuis longtemps. Je pensais que vous ne seriez que temporairement étourdi, mais vous voyant inanimé, j’ai pris la liberté de vous installer dans une position plus confortable… »
Des petits picotements désagréables me parcourent la chair. Mes sensations reviennent peu à peu. Mon ventre me sert. Je n’arrive pas à bouger. L’étrange chant continue de flotter dans les airs, mais il semble plus oppressant et plus fort qu’au dehors de la baraque.
« … et voyant que vous ne repreniez toujours pas conscience malgré mes efforts, j’en ai profité pour préparer et servir le repas… »
Et merde, je suis coincé ici pour la soirée. Je vais me faire engueuler pour la tasse de café et la chaise. Ca m’apprendra à défier l’autorité résidentielle. Je laisse échapper un petit sourire malgré moi. Un sourire qui me vrille instantanément le crâne et rouvre cette putain de cicatrice sur ma lèvre supérieure. J’ai mal partout, et surtout à la main. Un goût de sang se répand dans ma bouche.
« J’espère que vous n’allez pas trop m’en vouloir pour tout ça, Mr. Chantenfer. Je suis vraiment dans une situation délicate et gênante… »
C’est bien ma veine. J’ai exploré plus d’une bâtisse en ruine pour ce journal minable, sans aucun accident. Et il faut que je me plante à ma dernière enquête. Ca m’apprendra à jouer avec le feu. J’essaie de me trouver une position plus confortable pour soulager un peu la douleur qui irradie tout mon corps. Je n’arrive pas à bouger. Quelque chose me retient. C’est une chaîne. Une longue chaîne enroulée tout autour de mon buste. Je jette un regard hagard au comte :
« Merde ! Mais qu’est-ce que c’est que ce foutoir ?!
- Oh, oui… Je suis désolé mais j’ai préféré prendre quelques précautions. Vous comprenez, je suis d’un naturel très prudent et j’ai estimé…
- Mais vous m’avez ligoté bordel ! Qu’est-ce que ça veut dire ?! Hurlais-je
- Comme je le disais, je suis quelqu’un de prudent. Et comme je ne pouvais prévoir votre réaction dans cette circonstance, j’ai préféré me prémunir contre vous. Pour ma sécurité. Et vu le ton que vous prenez, je crois que j’ai très bien fait. Je suis très fragile vous savez. Et imaginer une personne de votre gabarit s’énervant contre moi m’emplit d’une peur irraisonnée. »
Calme-toi. Il est complètement fêlé. C’est un barjot. Demande-lui gentiment de te détacher et barre-toi loin d’ici. Putain, qu’est-ce que ma main me fait mal. Je suis tombé dessus ? Si ça se trouve je me suis fait une fracture. Je suis bon pour l’hosto. Et je vais devoir laisser ma moto là. Fait chier. Remarque, l’incident de la tasse sera vite oublié comme ça. Et cette musique qui me vrille les tympans. Essayons d’être diplomate :
« Bon… Ecoutez… Je suis tout à fait calme. Je suis bien conscient que c’est un accident et qu’il est arrivé malgré vous. Maintenant, si vous voulez bien me détacher, je vais prendre congé et aller à l’hôpital voir si je n’ai rien de cassé. J’ai la main qui me fait atrocement souffrir, je pense qu’elle est cassée. Alors, détachez moi je vous prie et oublions cet incident.
- Avec plaisir. Mais prenons tout de même l’apéritif avant que vous ne vous en alliez. Cela ne vous retiendra pas très longtemps parmi nous.
- Pardon ? »
Mais il avait baissé les yeux sur son assiette. Il y prit à la main une sorte de sushi fripé qu’il mordit à pleine dents. Je baisse les yeux vers mon assiette et y vois également deux sushis.
Deux effroyables sushis curieusement décorés…



Il y a, reliant les deux sushis, deux bagues s’encastrant parfaitement l’une dans l’autre. Elles forment, ensemble, un symbole puissant : ∞.
Mon corps tout entier se gèle, comme si une couche de glace venait de céder sous mon poids et que je sombrais dans une Grande Bleue polaire. Mes yeux n’arrivent pas à se détacher de ces deux doigts minutieusement déposés sur une feuille de salade, à côté d’un petit pot de sauce chinoise. Une montée de dégout me remonte du fond des trippes. Je vomis.
« Mr Chantenfer ! Je vous avais promis de la vraie nourriture alors ne la gâchez pas en vomissant dessus. Vous allez gâcher ce goût incomparable ! »
Encore son sourire insinuant qu’il avait au café l’autre jour. Mais je sais maintenant pourquoi il se peint sur sa face. Ma tête tourne. J’ai l’impression que mon esprit est aspiré hors de mon corps. Mes yeux restent atrocement fixés sur mon doigt et celui de ma femme. Mes perceptions s’estompent, le monde s’éloigne de moi. Je n’entends plus que cette musique, que cette litanie, que ce chant macabre.
« Vous voyez, Mr. Chantenfer, tout ce que vous qualifiez d’inepties ne sont pas dénuées d’un certain fondement, après tout. »
Saloperie de cannibale. Je sens que mon corps m’abandonne. Et cette musique qui tambourine diffuse comme si seules quelques parcelles conscientes de mon esprit parvenaient à la percevoir. Le sol se dérobe sous mes pieds. Je perds conscience dans cet enfer.
Dans cet enfer chantant.





FIN.

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MessageSujet: Re: L’ENFER CHANTANT   Mer 26 Mai - 21:57

BRAVO !!
Moi qui suis une grande fan de littérature vampirique je peux te dire que t es digne des auteurs que j'ai pu lire !!

A quand les prochaines nouvelles ???
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MessageSujet: Re: L’ENFER CHANTANT   Mer 2 Juin - 15:11

Bah, celles qui restent sont un peu vieillottes, celle là j'l'ai écrite l'année dernière, les autres remontent a plus de 2 ans...

M'enfin, si tu veux te marrer, je les mettrais xD

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MessageSujet: Re: L’ENFER CHANTANT   Mar 8 Juin - 2:33

Moi la première fois que je l'ai lu je suis rester scotché!

Au début déstabilisé par ton style si directe, si incisif, si réel. Puis embarqué dans l'histoire, je me suis laisser surprendre par la fin!!

J'aime trop ton style (et tu sais bien que je ne dis pas ça pour te flatté!)!
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MessageSujet: Re: L’ENFER CHANTANT   

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L’ENFER CHANTANT

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